Un simple accident
Jafar Panahi
3
drame, 1h44, 2025
avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi
« Iran de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu'il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s'installe. »
Jafar Panahi mêle habilement suspense, humour et drame. Ce film ne reste pas moins éminemment politique.
Le cinéaste, qui a fait plusieurs séjours en prison, règle ses comptes avec le régime iranien. Il n'oublie cependant pas qu'il fait un film de fiction et non un reportage, proposant donc quelques images fortes, soit par leur esthétisme et/ ou par le fait qu'elles soulignent une certaine absurdité.
La tension de la dramaturgie est palpable tout au long du film mais est ponctuée de moments drôles tant le cinéaste plonge ses personnages dans des situations ubuesques.
Vahid pense avoir retrouvé son tortionnaire. Sa peur est visible à l'écran. Le son de la voix et le pas claudiquant du bourreau réveillent en lui les souffrances qu'il a endurées. Mais voilà, Vahid est un simple citoyen, ce n'est pas un tueur professionnel.
Il enlève Eghbal pour le tuer mais la peur de commettre une injustice le pousse à différer son projet. Vahid trimballe Eghbal caché dans une camionnette à la recherche d'anciens détenus qui pourront l'aider à identifier celui que tout le monde surnommait l’éclopé. C'est donc toute une petite troupe qui va être confrontée à des dilemmes existentiels : se venger ou non, ne pas se tromper de cible….
Dans son aventure Vahid entraîne une photographe, un couple de mariés, un militant anti régime. Chacun va avoir un point de vue différent sur la manière dont il faut mener l'action : le faire avouer, le tuer.... Mais si ce n'est pas lui, que faire de cet homme qu’ils malmènent depuis plusieurs heures ?
Sans compter que ce dernier a aussi une famille ce qui ne laisse pas insensible notre héros.
Jusqu'au bout le spectateur partage les doutes de Vahid. La frontière entre le bien et le mal est ténue mais la douleur des victimes est reconnue dans ce qu'elle a de plus destructrice. Absurde et horreur se mêlent magistralement et donnent une excellente satire politique.
De plus c'est un film courageux, les collaborateurs ont accepté que leur nom figure au générique ce qui d'habitude ne se pratique pas pour les films qui critiquent le pouvoir iranien.

