Furcy, né libre
Abd Al Malik
3
avec Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot, Vincent Macaigne
Historique, drame, 1h48, 2026
« Ile de la Réunion 1817. À la mort de sa mère, l'esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l'aide d'un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits. »
Furcy, né libre est un très beau film. Durant le premier quart d'heure, on est un peu déconcerté par une forme qui semble décousue et qui laisserait planer des interrogations sur la condition de chacun et la nature des relations entre certains personnages, mais tous les voiles seront levés au fur et à mesure de la narration.
Makita Samba est excellent dans le rôle d'un homme qui semble presque habité d'une « force tranquille ».
Pas d'éclat, pas de grand discours de sa part mais une détermination admirable.
Tout au long du film, la notion de liberté est très finement analysée. Être bien « traité » n'est pas suffisant à côté du fait d'être libre.
C'est ce que les puissants propriétaires terriens, qui ont fait leur fortune sur le dos des esclaves, ne peuvent comprendre. En osant revendiquer légitimement son affranchissement, Furcy va connaître l'enfer.
Son histoire permet de nous rappeler l'horreur subie par des hommes et des femmes traités comme des objets, une " armoire " dira l'avocat de Lory qui ne cessera de revendiquer la propriété de Furcy.
Le personnage de Lory est particulièrement bien campé par Vincent Macaigne. La douceur et le calme de son ton, donne une dimension encore plus choquante à ses propos !
Jouant sur les sentiments, on décèle presque une forme de perversion à vouloir dominer des êtres humains.
Ce film n'est pas à charge contre la France, il énonce des faits irréfutables qu'il est grand temps de regarder en face. Le commerce florissant des esclaves a fait la fortune d'un certain nombre de propriétaires de la côte atlantique. On trouve des esclavagistes, mais aussi des abolitionnistes et c'est grâce à l'un d'eux que Furcy pourra aller jusqu'au bout de sa démarche judiciaire.
La scène de la joute verbale du dernier procès, esthétiquement très bien réalisée est passionnante dans les arguments avancés par l'avocat de Furcy.
Le rappel historique des lois et leur fondement, leur caractère immuable malgré le changement de régime, est un beau plaidoyer qui n'est pas sans résonance avec notre actualité.
Furcy, né libre est un très bon film qui relie de façon très réussie, le parcours individuel d'un homme à un propos universel !

