La maison vide
Mauvignier Laurent
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Les Éditions de Minuit, 2025
Prix Goncourt 2025
« En 1976, mon père a ouvert la maison qu'il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans. À l'intérieur : un piano, une commode en marbre ébrèché, une Légion d'honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux.
Une maison peuplée de récits où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du XXe siècle, mais aussi Marguerite ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d'elles… »
La maison vide est un très bel objet littéraire dont certains passages seront certainement un jour étudiés en cours de français au lycée ou en fac de lettres !
À partir d'une maison dont il faut se séparer et de quelques objets, le narrateur tente de retracer l'histoire familiale. Si c'est avant tout une histoire de femmes, leurs destinées sont liées, de gré ou de force, aux hommes qui les entourent : un père, un mari, un amant….
À travers un fil conducteur individuel, c'est un tableau de la condition féminine, sur trois générations qui nous est offert. À cela se mêlent d'intéressants portraits : de la ruralité, des classes sociales, de la traversée de deux guerres.
La maison vide fait également une large place au poids des non-dits et des secrets qui peuvent peser lourdement et de façon néfaste sur plusieurs générations.
En fouillant le passé, le narrateur tente de comprendre le suicide de son père. Il tisse le récit familial, tout en reconnaissant son impossibilité d'éclairer toutes les zones d'ombre, alors il livre plusieurs hypothèses. Ce postulat maintient une sorte de flou entre le roman et le récit.
À la manière de Proust avec sa madeleine, c'est ici un piano qui sera le premier déclencheur des souvenirs. Cet objet sera le cœur du drame qui va se nouer au sein de la famille. Un piano, symbole d'un amour impossible et d'une destinée contrariée.
Marguerite est douée, ses parents ont les moyens de lui fournir l'instrument mais ce passe-temps frivole ne sera pas l'occasion d'une émancipation. Marguerite n'échappera, ni à sa classe sociale, ni à son rang de femme.
Le style de ce roman qui pourrait être qualifié de « roman fleuve » peut rebuter le lecteur qui aime qu'un auteur aille droit au but.
Tout ici est très délayé et si cela peut susciter de l'ennui, nous y avons plus vu une agréable manière de laisser le lecteur s'installer dans l'histoire.
